Pau, capitale du Béarn, nichée dans les Pyrénées-Atlantiques avec ses sommets en toile de fond, est une ville qui mérite qu’on s’y attarde. Poser la question de son gentilé, c’est déjà entrer dans son histoire par une petite porte. Pourquoi Palois, et non « Pauvois » ou « Pauiens » ? La réponse n’est pas une simple convention administrative : elle creuse jusqu’aux fondations médiévales de la cité, jusqu’à sa langue, jusqu’à cette identité pyrénéenne que les habitants portent avec une fierté tranquille. Voici ce que cache vraiment ce mot de six lettres.
Les Palois : le gentilé officiel de Pau
Les habitants de Pau se nomment les Palois au masculin et les Paloises au féminin. La prononciation est [pa.lwa], avec ce son final glissant qui rappelle les couleurs du Sud-Ouest. Le terme est invariable au pluriel masculin : on écrit « les Palois », sans jamais de « s » supplémentaire.
Ce que la plupart des articles ne mentionnent pas, c’est que la langue du territoire propose ses propres variantes. En béarnais, les habitants sont désignés sous les formes Paulès et Paulèsas, ou encore Paulins et Paulinas. Ces formes ne sont pas de simples curiosités folkloriques : elles témoignent d’une langue vivante, le béarnais, qui refuse de se laisser effacer. Les utiliser, c’est reconnaître que Pau n’est pas une ville comme les autres, qu’elle parle encore avec son propre accent, dans le sens littéral du terme.
D’où vient le mot « Palois » ?
Le nom « Pau » remonte à une racine oronymique pré-indo-européenne, notée *bal/*pal, commune à de nombreux toponymes de montagne. Mais l’étymologie populaire, elle, préfère une version plus tangible : le latin palum, qui désigne un bâton, un pieu, une palissade. En béarnais médiéval, le mot pau désignait précisément l’enceinte en pieux qui entourait le château originel, cette fortification primitive plantée sur un promontoire au-dessus du gave. C’est de ce Palus latin que le Larousse fait directement dériver l’adjectif palois.
Il y a quelque chose d’assez beau dans cette filiation. Chaque fois qu’un Palois prononce son gentilé, il porte sans le savoir la trace d’une palissade du Moyen Âge, d’un château fort fiché dans la roche, d’une ville qui s’est construite autour de sa propre défense. Les mots ont une mémoire longue.
Qu’est-ce qu’un gentilé, exactement ?
Un gentilé est le nom donné aux habitants d’un lieu géographique. Ces termes sont issus du latin, de la géographie locale, parfois de l’histoire ou d’une racine dialectale. En français, ils obéissent à des règles de formation, mais celles-ci souffrent de nombreuses exceptions, ce qui explique que certains gentilés paraissent parfaitement logiques tandis que d’autres surprennent, voire déroutent.
Pour se faire une idée de la diversité de ces formes en France, voici quelques exemples qui mettent « Palois » en perspective :
| Ville | Département | Gentilé |
|---|---|---|
| Pau | Pyrénées-Atlantiques (64) | Palois / Paloise |
| Périgueux | Dordogne (24) | Pétrocorien / Pétrocorienne |
| Rodez | Aveyron (12) | Ruthénois / Ruthénoise |
| Béziers | Hérault (34) | Biterrois / Biterroise |
| Montcuq | Lot (46) | Montcuquois / Montcuquoise |
On constate que « Palois » est, à l’échelle française, un gentilé plutôt sobre. Rien d’extravagant, rien d’embarrassant. Une sonorité douce, presque évidente une fois qu’on en connaît l’origine.
Pau, une ville qui a forgé ses habitants
On ne peut pas dissocier le mot « Palois » de la ville qui lui a donné naissance. Pau devient capitale du Béarn en 1464, quand Gaston IV de Foix-Béarn y transfère sa cour depuis Orthez, faisant de la cité la quatrième capitale historique d’une principauté jalousement souveraine. Un siècle plus tôt, Gaston Fébus avait déjà forgé l’âme du territoire : vicomte de Béarn de 1343 à 1391, ce prince lettré et guerrier avait fait de son château une forteresse imprenable, gravant sur la tour le fameux « Febus me fe » — « Fébus m’a fait » — comme un défi lancé à l’Europe entière.
En 1553, c’est dans ce même château que naît Henri IV, futur roi de France, dont la légende veut qu’on l’ait bercé dans une carapace de tortue, symbole de longévité. Et en 1763, Jean-Baptiste Bernadotte voit le jour rue Tran, dans une maison paloise ordinaire, avant de devenir maréchal d’Empire puis Charles XIV Jean, roi de Suède — fondateur de la dynastie royale suédoise actuelle. Pau est à ce jour la seule ville d’Europe à avoir vu naître deux fondateurs de dynasties royales. Les Palois ne sont pas nés dans n’importe quelle ville, et ils le savent.
Combien sont-ils aujourd’hui ?
Selon les données publiées par l’INSEE en décembre 2025, Pau a gagné 1 821 nouveaux habitants sur l’année, portant la population municipale à 80 441 habitants. C’est la troisième année consécutive de croissance, représentant 4 776 habitants supplémentaires depuis 2023. À l’échelle de l’agglomération, la communauté Pau Béarn Pyrénées, qui regroupe 31 communes, dépasse les 161 000 habitants. Ces chiffres traduisent une attractivité réelle : Pau grandit, se densifie, et accueille chaque année de nouveaux Palois d’adoption qui viennent grossir les rangs d’une ville qui n’a pas fini de surprendre.
Être Palois : une identité au-delà du mot
Être Palois, c’est vivre dans une ville qui parle encore deux langues. Le béarnais, variante du gascon et donc de l’occitan, a été la langue institutionnelle du Béarn du XIIIe siècle jusqu’à la Révolution française. Cette langue d’État, portée comme un marqueur d’identité depuis des siècles, résiste encore aujourd’hui à travers des festivals comme le Hestiv’òc, qui rassemble chaque été environ 35 000 festivaliers à Pau autour des musiques et cultures du Sud. Ce n’est pas du tourisme folklorique : c’est une langue qui refuse de mourir.
L’identité paloise se nourrit aussi d’une culture du bien-vivre profondément ancrée : la garbure, soupe béarnaise au chou et au confit, la poule au pot liée à Henri IV, le chocolat de Bayonne qui remonte la vallée, et surtout ce rapport singulier aux Pyrénées, visibles depuis le boulevard des Pyrénées par temps clair, cette barrière bleue qui donne à la ville sa scale, son horizon, sa mesure. Être Palois, ce n’est pas juste une case à cocher sur un formulaire : c’est une manière d’habiter le monde avec les Pyrénées dans le dos.














