Augure : synonymes, étymologie et usage correct

bâtiment de l'empire romain

Vous avez écrit « de bonne augure » sans vraiment y penser. Ou vous avez lancé un « ça augure bien » à l’oral, un peu au hasard. Rassurez-vous : vous n’êtes pas seuls. Ce mot traverse notre quotidien depuis des siècles, souvent mal accordé, parfois confondu, rarement vraiment compris. Derrière ses quatre syllabes se cache pourtant une histoire dense, une étymologie qui questionne, et quelques pièges grammaticaux que même de grands auteurs n’ont pas évités.

Un mot sorti tout droit de la Rome antique

À Rome, rien ne se décidait sans l’accord des dieux. Pas une guerre, pas la fondation d’un temple, pas la désignation d’un magistrat. C’est là qu’intervient l’augure, prêtre officiel du culte de Jupiter, dont la mission consistait à lire les signes divins. Armé de son lituus, un bâton recourbé et sans nœuds, il délimitait dans le ciel un espace sacré appelé templum, à l’intérieur duquel il observait le vol, le cri et jusqu’à l’appétit des oiseaux. Favorables ou défavorables, ces signes conditionnaient la suite des événements.

La cérémonie portait un nom que nous utilisons encore sans y penser : l’inauguratio. L’augure traçait une ligne nord-sud et une ligne est-ouest, se plaçait à leur croisement, tourné vers l’est, et entrait en conversation rituelle avec le divin. C’est ainsi que Romulus et Rémus, en désaccord sur le site de Rome, attendirent les signes depuis leurs collines respectives. Rémus vit six vautours, Romulus en compta douze : le Palatin l’emportait. Une ville fondée sur un comptage d’oiseaux. Mais d’où vient exactement ce mot, et que nous dit-il vraiment de son sens ?

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L’étymologie d’augure : entre augmenter et prier

L’étymologie d’augure est, à vrai dire, encore débattue. L’Académie française retient la piste la plus solide : le latin augur, dérivé de augere, « augmenter, accroître ». L’augure serait alors celui qui augmente les chances d’une entreprise, qui lui confère une force sacrée. Cette racine indo-européenne *aug- nous a transmis des mots bien vivants : augmenter, bien sûr, mais aussi august, et le prénom Auguste lui-même. Le premier empereur romain ne choisissait pas ce surnom par hasard : augustus signifiait « doué d’une plénitude de force sacrée, promis au succès par les dieux ».

Une deuxième hypothèse rattache le mot à un neutre latin non attesté, augus, comparable au grec eukhos, la prière. L’augure serait alors non pas celui qui prédit, mais celui qui prie, qui prononce des serments. Le mot ombrien uhtur confirme l’ancienneté de la racine. Ce n’est pas un simple présage qu’on tire au sort : c’est une promesse de puissance, un accroissement rituel accordé ou refusé par le divin. Les dictionnaires grand public passent souvent cette nuance sous silence, et c’est dommage.

Les trois sens d’augure à ne pas confondre

Le mot augure ne désigne pas une seule réalité : il en recouvre trois, bien distinctes selon le contexte. On les croise souvent mélangées dans les textes, ce qui génère des contresens. Voici comment les distinguer :

  • Le prêtre romain : membre du collège sacerdotal chargé de la divination officielle et de l’interprétation de la volonté des dieux.
  • Le présage ou signe : ce qui semble annoncer l’avenir, en bien ou en mal. C’est le sens courant aujourd’hui, dans « de bon augure » ou « de mauvais augure ».
  • La personne qui se prend pour un oracle : sens familier, légèrement ironique. « Les augures des médias ont annoncé une récession » : on comprend qu’on les croit bien présomptueux.
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Ce troisième sens, souvent ignoré des listes de synonymes, est pourtant très vivant dans la presse et les discours publics. Il teinte le mot d’un scepticisme discret, presque voltairien. Maintenant que les trois visages du mot sont posés, reste à choisir le bon synonyme selon le contexte.

Les synonymes d’augure : lesquels utiliser, et quand ?

Les sites de synonymes alignent les équivalents sans expliquer leurs différences. Pourtant, présage, auspice, oracle, prophétie et pronostic ne sont pas interchangeables. Chacun porte une nuance qu’on perd si on les traite comme de simples doublons. Ce tableau permet de s’y retrouver rapidement :

SynonymeContexte d’usage privilégié
PrésageUsage général, la chose elle-même peut présager (le ciel présage la tempête)
AuspiceSurtout au pluriel : « sous de bons auspices », lié à la protection ou au patronage
OracleLa personne qui prédit ou la réponse divine elle-même, registre solennel
ProphétieAnnonce explicite et sacrée, souvent religieuse ou littéraire
PronosticRegistre courant, presque médical ou sportif, sans dimension sacrée
AruspiceVariante romaine spécialisée : lecture des entrailles des animaux sacrifiés

Retenons l’essentiel : augure reste le mot le plus vivant au singulier dans les expressions figées. Mais même bien choisi, il se glisse parfois dans des constructions fautives que presque personne ne repère.

Augure est masculin, et c’est là que tout le monde trébuche

La terminaison -ure est presque toujours féminine en français : ouverture, nature, rupture, blessure. L’oreille enregistre le réflexe, et « une augure » sort tout naturellement à l’écrit. Sauf que c’est faux. Augure est masculin. On dit et on écrit « un augure », « de bon augure », « de mauvais augure ». La confusion est d’autant plus répandue qu’à l’oral, « de bon augure » et « de bonne augure » se prononcent exactement de la même façon : la liaison efface tout.

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Ce piège n’est pas nouveau. Au XVIe et XVIIe siècle, des auteurs comme Agrippa d’Aubigné ou La Bruyère ont eux-mêmes hésité entre les deux genres dans leurs écrits. L’Académie française a longtemps signalé ces flottements avant de trancher définitivement pour le masculin, fidèle à l’étymologie latine : augurium est neutre en latin, ce qui a abouti au masculin en français dès le XIIe siècle, attesté dans la littérature anglo-normande. C’est une de ces fautes qui ne se voient qu’à l’écrit, et qui trahissent immédiatement.

« Ça augure bien » : correct ou non ?

La question divise. Dans la langue soignée, on préférera des constructions comme « c’est de bon augure pour », « cela laisse augurer », ou encore « cela s’annonce bien ». La tournure « ça augure bien » ou « ça augure mal », où un nom de chose devient sujet du verbe, reste considérée comme familière. L’Office québécois de la langue française la consigne comme usage courant désormais attesté, mais souligne que certaines constructions restent préférables à l’écrit formel.

Un autre piège se cache dans la préposition. Quand augurer est suivi d’un complément, on utilisera de et non pour : on dira « ça augure mal de l’avenir », pas « ça augure mal pour l’avenir ». Pour un écrit soutenu, voici les tournures à privilégier :

  • C’est de bon augure pour la suite du projet.
  • Ce résultat laisse augurer une amélioration sensible.
  • La situation s’annonce bien / laisse présager le meilleur.

La langue évolue, et vouloir figer l’usage est souvent vain. Mais entre un écrit professionnel et une conversation informelle, le choix de la construction n’est pas anodin. Et si l’on hésite encore sur le fond, la distinction avec le mot cousin auspice mérite qu’on s’y arrête.

Augure vs auspice : la différence que personne n’explique vraiment

On les croit interchangeables. Ils partagent la même famille étymologique, la même époque, la même Rome. Mais en latin, augurium était le terme général pour désigner la pratique divinatoire dans son ensemble, tandis qu’auspicium désignait plus précisément l’observation des oiseaux : le mot vient de avis (oiseau) et specere (regarder). L’un portait une dimension plus large, rituelle et sacrée ; l’autre était lié à un acte d’observation précis et codifié.

En français contemporain, la frontière s’est déplacée. Augure reste vivant au singulier dans les expressions « de bon augure », « de mauvais augure », « oiseau de mauvais augure ». Auspice, lui, survit presque exclusivement au pluriel, dans l’expression figée « sous les auspices de », qui ne signifie pas « sous de bons présages » mais « sous la protection, le patronage de ». Confondre les deux, c’est trahir deux mille ans de nuance sémantique. Savoir les distinguer, c’est écrire avec la précision de quelqu’un qui sait d’où viennent les mots qu’il emploie.

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